[Dossier]Ramadan et métiers péniblesLe casse-tête des jeûneurs

[Dossier]Ramadan et métiers péniblesLe casse-tête des jeûneurs

Pendant le mois de ramadan, le musulman est privé de boire et de manger la journée durant. Une chose pas facile pour certains travailleurs qui exercent certains boulots éprouvants. Allier ramadan et métiers pénibles rime-t-il ? Est-ce aisé pour effectuer des tâches ardues ou lourdes ? Comment s’y prendre au mieux, surtout si vous devez travailler toute une journée ? Que faire ?Voici autant de questions qui demandent des réponses. Seneweb est allé à la rencontre de quelques-uns des jeûneurs qui évoluent dans ces professions.C’est loin d’être facile pour un emploi qui requiert une condition physique optimale. C’est le cas de ces travailleurs du BRT rencontrés au rond-point JVC. Sous le soleil, Ablaye Fall, de petite taille, habillé d’une tenue aux couleurs de sa société, avec son casque sur la tête, est en train de tailler la route. A ce propos, il explique : «C’est difficile, mais on s’y attèle. Ce sont des travaux confiés à des Chinois, mais c’est le fruit d’un travail accompli par un Noir.»Selon lui, le travail ne se limite pas seulement à creuser, mais également à couler, piquer et peler. Même si ce n’est pas une tâche facile, surtout en cette période de ramadan. N’empêche, il dit accomplir son jeûne. «C’est pas du tout facile, mais moi je jeûne. Cependant, certains ne le font pas. Tout le monde n’est pas pareil», confie-t-il. En temps normal, il estime qu’il observe une pause, contrairement au mois de ramadan pendant lequel la durée de travail est plus longue. «Par contre, pendant le ramadan, on descend à 17 h et en temps normal, à 18 h», s’est-il exprimé pour souligner la réduction de l’horaire de travail en cette période.Cap sur Grand-Yoff, un carrefour de forgerons ; un métier aussi difficile que la maçonnerie et autres. De loin, l’on aperçoit un décor fait de marmites superposées. Sur les lieux, des bonhommes concentrés, accroupis sur les meubles en fer forgé. Le bruit qui se dégage fait partie du décor. Debout en train de superviser le travail, un homme d’une cinquantaine d’années, hanté par la fatigue, attire l’attention. «Je suis épuisé», martèle-t-il et pointe du doigt : «Voici mon fils.»Trouvé assis, accablé, les stigmates du jeûne se lisent sur son visage. Habillé d’un t-shirt et d’un jean, son bonnet recouvre sa tête. Mamadou Ba n’a aucune gêne de s’affirmer et de s’afficher comme le futur héritier de son père. «Ça fait trois ans que je suis dans le métier. C’est l’atelier de mon père. Quant à lui, cela fait 18 ans qu’il exerce le métier», a-t-il fait savoir.Néanmoins, il n’a pas manqué de souligner que c’est un boulot très pénible et très dur, qui demande beaucoup d’énergie «Il faut avoir le courage et la patience pour pouvoir le supporter. Nombreux sont ceux qui font leur entrée dans le métier et repartent vite, car ils jugent que c’est difficile», assène-t-il.Par ailleurs, il n’a pas l’intention d’arrêter. Il explique : «Ce métier est certes dur, mais je ne lâcherai pas, car dans un proche avenir, je serai responsable et si mon père a autre chose à faire, c’est moi qui prendrai le relais. Je suis son représentant.»Comme le maçon Abdoulaye, Mamadou Ba fait tout son possible pour jeûner et c’est valable pour tout le personnel qui s’y trouve, nous dit-il. «Ce travail ne m’empêche pas de jeûner. D’ailleurs, tout le monde jeûne ici. On est habitué».En revanche, il avoue qu’il y a quand même une réduction de la charge de travail. «Si on devait travailler sur 8 ou 9 pièces, etc., au mois de ramadan, on diminue la quantité. Ce n’est pas comme en temps normal ou on y va avec beaucoup de détermination».Cette bonne mine toujours observée chez eux, selon lui, relève de Dieu : «Lép Yalla leu», même s’il n’en disconvient pas qu’un repas copieux fasse l’affaire pendant la rupture du jeûne et au moment du «kheud» pour bien être en forme et surtout sous l’effet de la chaleur. «Dans ce que nous faisons, tout est difficile. Mais Dieu merci, sur le plan des recettes, on se frotte bien les mains».18 h, dans les mêmes parages. Le jeune Khadim fait aussi partie de ceux qui travaillent à force de bras. Soudeur métallique de son état, il semble bien être intéressé par le sujet, avec son air enthousiaste. Dans sa tenue de travaille, en compagnie de son patron et d’un autre apprenti, apparemment de même âge que lui, c’est la galère totale. Par rapport au jeûne, il rejoint ses camarades et mentionne qu’un tel travail ne devrait empêcher personne de respecter ce pilier de l’islam.«Il suffit juste d’avoir l’habitude», tonne-t-il avec un geste ample. D’après lui, ses habitudes alimentaires restent les mêmes : «Je peux même acheter un pain-petits poids et plus».Toutefois, il s’avère que ce travail de soudeur comporte beaucoup de risques. «Il n’y a que des risques dedans, car avec la machine qu’on utilise appelé moule, une fois que ça te touche, c’est fini. Si ce n’est la mort, c’est des blessures. Moi-même qui te parle, avant-hier, j’ai failli perdre ma main à cause de cet outil qui m’a tranché. C’est pourquoi pendant l’hivernage, nous n’acceptons pas de travailler, car il y a beaucoup de danger. Il en est de même aussi pour la lame qu’on manie».Ce qui justifie le port de gants, du casque et de casque anti-bruit pour protéger les oreilles, sans compter des lunettes adaptées afin de prévenir certaines maladies des yeux.


Source: seneweb.com

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